RENFORCER LA SECURITE ALIMENTAIRE ALGERIENNE

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RENFORCER LA SECURITE ALIMENTAIRE ALGERIENNE

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Mr Chérif Omari vient d’être reconduit dans ses anciennes fonctions de ministre de l’agriculture. De par son parcours au sein du MADR, pour cet agro-économiste, les questions agricoles sont maîtrisées sur le plan technique. La question qui est posée reste l’orientation de la politique agricole: agriculture familiale et durable ou agriculture entrepreunariale reposant sur les subventions publiques. Irons nous vers une agriculture qui réduit les importations agricoles ou vers une politique dispendieuse tournée vers l’export?

LES MISES EN GARDE DE PLUSIEURS EXPERTS

Ces dernières années, le secteur agricole a connu de nets progrès dans de nombreuses filières. Cela, grâce à une politique de subventions (voir à cet égard le cas de la filière laitière et celle de la tomate industrielle décortiqué par le Pr Ali Daoudi de l’ENSA).
Plusieurs experts dont le Pr Slimane Bedrani ou Omar Bessaoud ont, dans des articles (disponibles en ligne), relevé les nombreux dysfonctionnements dont souffre le secteur, dirigisme administratif pour le premier, danger de l’agriculture entrepreuniale pour le second.
Plus généralement, dans le cas du Maghreb, l’agro-économiste Denis Pommier, a critiqué l’absence d’implication des agriculteurs dans la définition et la mise en oeuvre des politiques agricoles. On le voit donc, les défis que doit relever Mr Omari n’en sont que plus grands.

BAISSE DES MOYENS BUDGETAIRES DE L’ETAT

Dans ses premières déclarations, le président Tebboune a était clair, les importations ont atteint un niveau intolérable. Le ministre de l’agriculture aura comme mission de réduire les importations alimentaires. Dans ce domaine plusieurs visions s’opposent: agriculture entrepreunariale au détriment de l’agriculture familiale, développement durable au détriment d’une utilisation inconsidérée des ressources naturelles dont les réserves en eau, satisfaction des besoins locaux contre volonté exportatrice.
A propos du foncier, s’affrontent deux visions privatisation des terres arch et des terres publiques ou utilisation de ces surfaces au bénéfice de tous.
L’impératif de réduction des importations va exacerber ces affrontements. Les tenants d’un ultra-libéralisme ne manqueront pas de tenter de faire avancer leurs positions.

CHANGER LES MAUVAISES HABITUDES

Mais plus grave est cette habitude, fortement ancrée dans les structures agricoles, de négliger la participation des agriculteurs. Les exemples les plus flagrants sont illustrées par les CCLS et les “sarl Cassap”? Ces structures étatiques possèdent au niveau de leur dénomination le terme de “coopérative” alors qu’il n’en est rien dans la réalité. Le directeur de ces structures est nommé par le ministère et il n’existe ni achat de parts sociales ni élection en assemblée générale d’un conseil d’administration possédant les pleins pouvoirs.
Autre exemple, il n’existe pas de réel syndicalisme agricole. Les syndicats libres sont interdits. L’UNPA est une coquille vide.
Cette situation a créé des façons de faire dont est imprégnée l’encadrement agricole. Et pour beaucoup de cadres honnêtes cette situation est devenue la normalité. Ainsi pour la plupart des cadres, il est inimaginable que ce soit des agriculteurs élus qui recrutent leurs techniciens. Le minsitre saura-t-il et pourra-t-il insuffler un vent nouveau?

CHERIF OMARI, QUELLE FEUILLE DE ROUTE?

Le ministre aura pour mission de réduire les importations de produits alimentaires, mais quels pouvoirs de réforme lui accorderont le président Tebboune et le premier ministre? La baisse des revenus des hydrocarbures, fait que le pays devrait dans deux ans faire appel au FMI. A ce propo, on conseillera à chacun d’écouter les ananlyses de Mr Benbitour. On imagine la recette du FMI: privatisations, réductions des subventions, réductions des effectifs de fonctionnaires et à la clé révolte sociale.
Cette optique pourrait amener les pouvoirs publics à plus de volonté de réforme dans un secteur agricole sclérosé et fonctionnant sur le modèle nord-coréen. En effet, dans le cs du secteur céréalier ni les organismes de collecte ni les agriculteurs ne peuvent moudre leurs graine. Il s’agit là d’une aberration. Quant aux moulins privés, ils sont totalement déconnectés des exploitations agricoles dans la mesure où leur approvisionnement passe par l’OAIC. Certes, il s’agit d’éviter toute spéculation sur une denrée de base. Mais cela nous oblige-t-il à rester dans des schémas sclérosés.
Dans le domaine du foncier, il n’existe pas de statut du fermage. Comment dans ces conditions sécuriser l’acte d’investissement dans le secteur agricole? En Algérie, le fermier qui investit en agriculture en louant des terres est par définiution dans l’informel.
Donc, le ministre aura-t-il la possibilité à s’attaquer à ces goulots d’étranglement? Si ce n’est pas le cas, les efforts des pouvoirs publics pour réduire les importations agricoles resteront vains.

MIEUX REPARTIR CONCESSIONS ET SUBVENTIONS

Mais la façon dont les dysfonctionnements actuels peuvent être combattus peut se faire également en favorisant de petites et moyennes exploitations ou des entreprises alléchées par le gain. Chacun connaît les cas de l’attribution de concessions de terre portant sur des milliers d’hectares à de pseudo-investisseurs. La presse a même révélé le cas d’entreprises américaines fantoches promettant monts et merveilles. La politique du MADR devra donc mieux cibler l’attribution des concessions et des subventions. Celles-ci doivent être dirigées vers les petites exploitations agricoles. Mais, rappelons le, nombre d’entre elles restent cantonnées dans l’informel du fait de l’inexistence d’un statut du fermage.

MIEUX REPARTIR LA VALEUR AJOUTEE

Dans le cas de la transformation des produits agricoles, de véritables empires sont en train d’être constitués avec l’argent du contribuable. Les exemples sont nombreux, dans le cas du lait avec la Laiterie Soummam ou de Danone Djurdjura, dans les céréales avec le groupe Benmor qui a même pensé un temps investir dans la boulangerie industrielle.
Les laiteries et moulins privés prospèrent grâce aux subventions publiques. Et cela sans qu’aucun effort ne soit réalisé par le MADR afin que les agriculteurs puissent également se lancer dans la transformation de leur production. A terme, ce kidnapping de la valeur ajoutée au profit des seules entreprises privées ne peut qu’affaiblir les revenus des éleveurs laitiers et faire qu’ils se détournent de cette activité. En effet, le bugdet de l’Etat ne permet plus d’augmenter les subventions liées au litre de lait.
Il est par ailleurs anormal que l’Etat ne demande pas des compte à l’industrie de l’aliment du bétail et du secteur de l’agro-transformation. Il est anormal que ces industriels n’encadrent pas techniquement les agriculteurs afin de favoriser la production locale. Ces industriels bénéficient d’un marché protégé de 42 000 000 de consommateurs. L’Etat, en la parole de Mr Omari, doit exiger que ces industriels intégrent plus de matière première locale. On ne peut plus accepter le diktat des fabriccants d’aliments du bétail dès la moindre réduction des importations de maïs et de soja. Leur chantage à l’emploi doit être combattu. Il est du devoir de ces fabricants privés de soutenir les agriculteurs pour produire triticale et féverole afin contribuer à baisser les importations.
RELEVER LE NIVEAU TECHNIQUE DE L’ENCADREMENT
Ces dernières années, si ça et là, des initiatives sont prises par l’encadrement, dans la majorité des cas, techniquement l’encadrement est à la traîne. Chacun connaît des cas concrets dans son domaine de compétence. Dans le cas des céréales par exemple, le semis direct est quasi inconnu. Idem concernant le désherbage mécanique en grande culture. Un expert australien a pu dire que le secteur possédait 30 années de retard. Dans le cas des fourrages, une innovation telle l’enrubannage ne provient pas des instituts techniques du MADR mais de concessionnaires privés.
Cette situation nécessite de revoir la vulgarisation agricole, le rapport avec les firmes locales d’agro-fourniture et la coopération technique avec l’étranger. Mr Omari aura-t-il les moyens pour dynamiser les instituts techniques dépendant de son ministère? Doit-on continuer à fonctionnariser et à accorder une éternelle sécurité de l’emploi à la recherche agronomique ou rechercher une politique dynamique favorisant les compétences?
Dans cet ordre d’idée, le ministre pourra-t-il arracher la possibilité que des subventions (pour des postes budgétaires liés à des missions de 2 à 3 ans) soient attribuées à des associations professionnelles représentatives afin que ce soit des élus paysans qui recrutent leurs techniciens? Ces derniers ayant alors “obligation de résultats”. Il nous faut en finir avec cette politique consistant à fonctionnariser l’encadrement agricole.

FONCIER, PROTEGER LES TERRES DE LA SPECULATION

Parmi les questions relatives au foncier, il est urgent de respecter l’esprit des terres arch et de ne pas les laisser tomber entre les mains de spéculateurs. Par ailleurs, afin de sécuriser l’acte de location de terre, l’instauration d’une loi sur le fermage est d’une urgence cruciale. Comme l’est également la définition de formes juridiques pour les exploitations familiales afin de les protéger du morcellement suite aux transitions au cours des générations. On consultera à cet égard les travaux du Pr Omar Bessaoud et les entretiens accordés à la presse dont El Watan.

SUCRE, HUILE LE SCANDALE DU TOUT IMPORTATION

Dans le domaine du raffinage de l’huile brute importée et du sucre roux importé rien n’est fait pour développer un embryon de production nationale. Cette situation permet à des sociétés privées de se développer et de constituer des empires au détriment de l’intérêt national. C’est par exemple le cas de Cevital qui n’a jamais produit localement le moindre gramme de sucre ou d’huile. En la matière, Cevital est le roi de l’import. Cette situation est anormale lorsque l’on sait que notre voisin marocain produit 50% de ses besoins en sucre.

LE MYTHE DES EXPORTATIONS AGRICOLES

Actuellement le mot d’ordre du MADR est d’exporter les surplus agricoles. Comme si la vocation de l’agriculture algérienne était de nourrir Européens, Qatari et Mauritaniens. Lors de la dernière foire de la production nationale, Lounis Hammitouche, PDG de la Laiterie Soummam, a demandé au président Tebboune plus de terres et de moyens de transport pour exporter plus de yaourts au Qatar et en Libye. Il est à rappeler qu’à part les dattes et quelques autres produits de niche (vin, épices) il est illusoire de vouloir exporter sans porter atteinte au milieu naturel. Nombreux sont ceux qui oublient la nature aride et semi-aride du pays. L’eau et les sols mobilisés par l’agriculture locale sont insuffisants et leur mobilisation doit se faire de façon durable.
En cas d’excédents agricoles, il s’agit pour le MADR de savoir orienter les producteurs vers d’autres spéculations. Exemple, en cas d’excédents de pomme de terre de consommation, pourquoi ne pas proposer aux agriculteurs de produire de la pomme de terre fécule permettant de fabriquer du sucre sous la forme de sirop de glucose ou de la betterave à sucre?

ANTICIPER LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE

A l’heure où dans l’hémisphère sud, dans l’été australien, les températures atteignent 50°C et que les forêts se consument dans de gigantesques incendies, le MADR saura-t-il anticiper le réchauffement climatique? Car, ne nous voilons pas la face, des températures de 44°C seront de retour cet été à Alger, Oran ou Tizi-Ouzou.
La sagesse voudrait que dans de telles conditions on privilégie la production de protéines végétales au détriment des protéines animales. Toute une batterie de mesures devraient être aussi adoptées.

CHERIF OMARI, OSER INNOVER?

C’est sur tous ces points que chacun devra être attentif pour juger l’action du ministre. Ce dernier, et les autorités de tutelle, feront certainement l’objet de groupes de pression (lobby laitier, lobby des importateurs d’aliments du bétail, du sucre et de l’huile, lobby des moulins privés, lobby des “exportateurs”, lobby de la privatisation des terres arch, …). Ils utiliseront à leur profit l’argument de la réduction des importations et le développement des exportations.
A ce propos chacun aura vu, lors de la dernière foire de la production nationale, Lounis Hammitouche, PDG de Laiterie Soummam, pleurer lors du passage sur son stand du président Tebboune. Il lui a réclamé plus de terres agricoles et plus de moyens de transport pour exporter ses yaourts au Qatar, Mauritanie et même Canada! Mais le plus grave dans l’affaire est que le président Tebboune ait promis le développement de moyens de transports maritimes par “cargo”. Mr Omari aura la délicate mission d’expliquer à la direction politique du pays ce qu’est une agriculture durable et résiliente face aux rigueurs de notre climat.
Aussi, le Hirak ne doit pas donner un chèque en blanc au ministre et au gouvernement. Il doit être vigilant et doit être l’aiguillon pour une réduction des importations, un développement agricole durable au service du pays et contribuant à l’emploi agricole des jeunes.



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